Sous surveillance

Il n’y a pas de détenu sans surveillant. Les surveillants sont les grands oubliés de la question carcérale. Suivis plusieurs mois dans l’exercice de leurs fonctions au centre de détention de Châteaudun, ils nous offrent la possibilité de voir la prison autrement. Loin des clichés et des lieux communs, poser un regard sur les surveillants au contact permanent des détenus, c’est poser un regard sur notre système carcéral. NOTE DE REALISATION Pour la réalisation de « SOUS SURVEILLANCE » et de « PARLOIRS », j’ai passé près d’un an dans le centre de Détention de Châteaudun. Le constat majeur de ce long « séjour » derrière les barreaux, c’est que vu de l’intérieur tout est complexité, alors que la lecture faite de l’extérieur tend bien trop souvent à la simplification. Loin de notre regard, la prison est un monde qui nous échappe, un univers fantasmé. L’information sort avec difficulté de l’épaisseur des murs et son insuffisance engendre souvent confusion et égarement dans nos esprits. Face à la difficulté de la question carcérale, nous réagissons souvent de manière expéditive, nous nous laissons facilement séduire par des raccourcis idéologiques. J’ai donc abordé « SOUS SURVEILLANCE » avec une question simple, évidente, qui a guidé tout le film : à quoi sert la prison ? Pour tenter d’y répondre, j’ai nécessairement posé un regard sur ceux qui incarnent notre système carcéral : les surveillants. Les échanges entre les surveillants et les détenus sont tous profondément éclairants des problèmes posés par l’incarcération. Dans le bureau des chefs de bâtiment, les clichés habituellement associés aux uns et aux autres s’effacent pour laisser place à l’enjeu central de l’emprisonnement : sa fonction. Entre ces quatre murs, qui condamnent surveillants et détenus à vivre en commun à défaut de pouvoir vivre ensemble, se déroule le quotidien en prison tel qu’il existe le plus souvent. Sans déferlement de violence hystérique d’un côté et de répression aveugle de l’autre. Face aux surveillants, tout ce que la société a décidé de condamner. Une succession ininterrompue de vies chaotiques. Un flux continu de misère, tantôt sociale, affective, intellectuelle. Des détenus suradaptés à la vie carcérale et d’autres en pleine dépression. De la provocation souvent, des larmes parfois. Débordés, les surveillants gèrent l’urgence au quotidien. Une gestion humaine et matérielle avec les moyens du bord. Évaluation des sanctions, placements en formation ou à l’atelier, intendance des cellules disponibles, décisions à prendre pour les permissions et les remises de peine avant validation du juge d’application des peines. Fonctionnaires de l’Etat, ils évoluent dans un contexte administratif contraignant plus soucieux de produire un discours normatif que d’apporter des solutions adaptées. Dès lors, la question initiale sur l’utilité de la prison en suscite bien d’autres. Comment faire comprendre au détenu le sens de sa peine ? Comment aider un condamné à se structurer le temps de sa détention alors que, très souvent, il ne l’a jamais été en homme libre ? Comment la prison peut-elle réussir alors que tout a échoué auparavant ? Comment peut-elle réparer à elle seule l’échec personnel mais aussi familial, scolaire et social, la faillite individuelle mais aussi collective ?... Didier CROS ITW de Didier CROS auteur réalisateur de « SOUS SURVEILLANCE » Où avez-vous tourné ce documentaire ? Avez-vous rencontré des problèmes pour obtenir le droit de filmer ? Au centre de détention de Châteaudun, près d’Orléans. La difficulté principale a été d’obtenir les autorisations auprès de l’administration pénitentiaire. Nous avons mis plus de deux ans à avoir le feu vert pour le premier film réalisé, « PARLOIRS ». Nous avons dû, la productrice du film Hélène Badinter et moi-même, faire preuve de beaucoup de patience et d’abnégation. C’est peu de le dire ! Une fois les autorisations obtenues, le directeur du centre de détention, Pascal Marchal, a été vraiment formidable. Il a fait preuve d’une ouverture d’esprit remarquable. Il m’a laissé une grande liberté. J’ai passé plus d’un an pour la préparation et la réalisation de « SOUS SURVEILLANCE » et de « PARLOIRS ». Quelles sont les particularités des Centres de Détentions ? Les Centres de détention ou C.D sont des établissements pour peine. C’est-à-dire qu’il n’y a que des condamnés. A la différence des Maisons d’arrêt qui regroupent essentiellement les prévenus en attente de jugement, et à titre exceptionnel les condamnés à une peine inférieure ou égale à deux ans mais dans un quartier distinct ainsi que les condamnés dont le reliquat de la peine à effectuer n'excède pas un an. Les Centres de détention regroupent des condamnations de toute nature, du petit trafic de stupéfiant à l’homicide. Ces établissements ont pour but de préparer la remise en liberté, plus ou moins éloignée, du détenu. Il existe de nombreuses formations aux métiers manuels, des remises à niveaux scolaires, des possibilités d’apprentissage à l’informatique, des activités sportives, etc… Ce qui permet au film d’être au cœur des enjeux de la réinsertion. Vous n’évoquez pas dans le film la surpopulation de cette prison. Pourquoi ? Parce que l’enjeu du film est avant tout de poser la question de l’utilité de la prison et donc de la réinsertion des détenus. Ensuite, parce qu’elle n’existe pas à proprement parler. Le CD de Châteaudun dispose de 600 places, et le taux d’occupation est de 98%. La gestion des places disponibles est toujours très délicate, comme on peut le voir dans le film. Cependant, les Centres de détention ne sont généralement pas concernés par la surpopulation carcérale, comme on peut le constater dramatiquement dans les Maisons d’arrêt. Près de 140% en moyenne aujourd’hui. On voit les détenus circuler dans les coursives. Est-ce toujours le cas ? Les cellules sont ouvertes dans la journée. Contrairement aux maisons d’arrêt dont les cellules restent closes, hors promenade. Les détenus circulent librement au sein de leur unité. A certaines heures, ils peuvent également se déplacer dans la prison pour accéder aux différentes activités proposées. Les portes se referment pour le déjeuner, et le soir évidemment. Dans l’esprit de l’administration Pénitentiaire, il s’agit de donner au détenu la possibilité de se reprendre en charge en lui accordant un peu de « liberté » - très relative évidemment. Cela participe intégralement du processus de réinsertion selon les pouvoirs publics. Plus concrètement, c’est surtout à mes yeux une façon de limiter les tensions au sein de la prison. Vous avez passé beaucoup de temps dans cette prison. Avez-vous eu des difficultés avec les détenus ? Non. Il y a eu des moments de tension avec quelques détenus, rien de plus. Le fait d’avoir passé trois mois de repérage, seul et sans caméra, au contact des détenus, m’a permis de me faire progressivement accepté. Même si la méfiance était de mise au départ, le temps passé à fait la différence. Comme souvent d’ailleurs pour la réalisation de documentaires, y compris dans des contextes moins délicats que celui-ci. La plupart des détenus ont bien saisi les intentions de ce film, et nous n’avons pas rencontré lors du tournage de problèmes majeurs. La violence en prison, c’est surtout entre les détenus qu’elle s’exerce. Les luttes de pouvoir, les pressions sur les plus faibles et les règlements de comptes sont fréquents. Les surveillants sont également victimes d’agression, mais de manière plus occasionnelle. Le plus souvent à cause de détenus atteints de graves problèmes psy. Il est d’ailleurs assez sidérant de constater à quel point certains détenus ne sont vraiment pas à leur place en prison. C’est plutôt une violence verbale à leur encontre qu’ils doivent gérer bien souvent. Avez vous constaté de la violence de la part des surveillants à l’encontre des détenus ? L’imagerie d’Epinal du surveillant, c’est le « maton » prêt à cogner à tour de bras pour un oui pour un non. Heureusement, nous n’en sommes plus là depuis longtemps. La législation est désormais très rigoureuse, et si quelques dérapages existent, ils sont rares. Ce dont se plaignent les détenus, ce sont plutôt les petites humiliations quotidiennes de certains surveillants mal intentionnés. Faire attendre sans raison un détenu derrière une grille avant de lui ouvrir, par exemple, ou laisser traîner volontairement une demande administrative, ce genre de chose. Mais, il en va du métier de surveillant comme de tous les métiers. Il y a des gens fréquentables et infréquentables partout. Pas plus ici qu’ailleurs. L’un des surveillant témoin de ce film n’hésite pas à dire avec humour qu’il y autant d’abrutis des deux côtés des portes. Il ne faut pas perdre de vue que les détenus et les surveillants vivent ensemble en quelque sorte. Ils sont également issus des mêmes milieux sociaux. Au fond, tous n’aspirent qu’à la tranquillité. Il n’y a pas d’antagonisme permanent, cela n’arrangerait ni les uns ni les autres. Par ailleurs, les conditions d’incarcération des Centres de détention sont généralement bien meilleures qu’en Maison d’arrêt. Ça limite considérablement les tensions. On découvre que le rôle des surveillants dépasse largement celui que l’on imagine. Qu’en est-il exactement ? Ils ont une tâche très difficile à mener car elle est en réalité multiple. Le rôle des chefs de bâtiment ne se limite pas à la surveillance et au maintien de l’ordre tel qu’on le conçoit spontanément. On découvre dans le film qu’ils ont aussi pour charge d’assurer une mission sociale en quelque sorte, d’offrir un accompagnement psychologique, de maintenir en permanence le dialogue. C’est louable sur le principe, mais ils ne sont clairement pas formés pour cela. Alors, chacun fait comme il peut. Enfin, pour ceux qui décident de s’investir de la sorte, ce qui n’est pas le cas de tous les surveillants bien entendu. Participer à la dynamique de réinsertion des détenus, soit, mais comme être à la fois celui qui écoute un jour et qui sanctionne le lendemain ? Il y a souvent un côté paternaliste dans la relation au détenu. Curieusement, si cette attitude peut paraître infantilisante à l’égard de certains, elle peut aussi se révéler efficace pour les détenus sans aucun repère. La charge administrative de ces surveillants paraît considérable. Ce qui rend la vie difficile aux détenus, c’est le caractère souvent arbitraire de telle ou telle décision. Ce qui est valable dans tel bâtiment ne l’est pas dans tel autre. Un détenu obtient facilement ce qu’un autre mettra des semaines à acquérir. Ce qui était autorisé hier ne l’est plus le lendemain. C’est vécu douloureusement par les détenus qui perçoivent cela comme une injustice délibérée, alors que c’est le plus souvent la conséquence de la lourdeur et de l’aberration du système. Comment devient-on surveillant ? Il y une école Nationale à Agen qui forme au métier. Dans le passé, on était surveillant de père en fils, il y avait des familles entières de surveillants, ce n’est plus vrai aujourd’hui. Ce métier attire désormais des jeunes sans travail qui voient dans le statut de fonctionnaire une sécurité de l’emploi. Il y a de plus en plus de bacheliers. J’ai notamment rencontré des surveillants Bac + 2. Les surveillants du film sont-ils emblématique de tous les autres ? La plupart se contentent de faire leur travail. Ni plus ni moins. Ce que je trouvais intéressant avec les trois surveillants du film, c’est qu’ils croient véritablement en leur mission. Malgré leur engagement, pour un salaire dérisoire, il est important de le rappeler, le constat d’échec de la réinsertion des détenus est d’autant plus manifeste.







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76 798
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12 194
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3,90 ââ€Å¡¬/h
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24 %
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Surveillants (01/01/12)
26 094
Budget 2011 (en millions d'euros)
2 390
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Nombre de morts par suicide en 2011
116
Taux de détenus ayant des troubles psychiatriques (2010)
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